Figurines de Noël collectables : le guide complet du collectionneur

Collectionner des figurines de Noël, ça commence souvent par une pièce reçue en cadeau. Un petit lutin peint à la main, un Père Noël en porcelaine, une ballerine de la série Nutcracker. Et puis on veut la suivante. Et la suivante d’après. Le sujet a l’air léger, mais dès qu’on gratte un peu, on tombe sur un marché qui pèse plusieurs milliards d’euros à l’échelle mondiale, sur des pièces numérotées qui prennent de la valeur, et sur des marques que les initiés se disputent en décembre.
Ce guide s’adresse autant au collectionneur qui débute qu’à celui qui veut structurer une collection déjà bien entamée. On y aborde l’histoire de ces objets, les maisons qui comptent, les critères qui font une pièce de valeur, l’entretien, le marché secondaire et les pièges qu’on ne voit pas venir la première fois.
D’où viennent vraiment les figurines de Noël collectables
L’histoire commence à Lauscha, un petit village de Thuringe en Allemagne, vers 1847. Hans Greiner, souffleur de verre, fabrique les toutes premières boules et figurines en verre soufflé destinées à décorer les sapins. Au début, ce sont surtout des formes de fruits et de noix. Les artisans chauffent un tube de verre à la flamme, l’insèrent dans un moule d’argile, et soufflent pour lui donner la forme voulue. Une fois refroidie, la pièce est argentée au nitrate d’argent (une technique mise au point dans les années 1850 par Justus von Liebig), puis peinte à la main.
Le 24 décembre 1832, la jeune Victoria écrit dans son journal son émerveillement devant un sapin décoré de bougies et d’ornements. Dans les années 1840, une gravure de l’arbre de Noël de la reine paraît dans un journal londonien. Elle lance la mode à travers toute l’Europe. Lauscha exporte alors partout.
Saut dans les années 1880. Frank Winfield Woolworth, commerçant américain, découvre les boules de Lauscha lors d’un voyage en Allemagne. Il les importe aux États-Unis, y fait fortune, et en 1910 ses 1000 magasins diffusent la tradition dans tout le pays. En 1870, William DeMuth avait déjà produit les premières figurines de verre américaines à New York. Dresden, en Allemagne aussi, se spécialise dans les ornements en carton embouti plaqué or ou argent – très prisés par les familles avec enfants parce qu’ils ne cassent pas.
La vraie bascule vers la figurine collectable moderne, c’est 1973. Hallmark Cards lance sa gamme Keepsake Ornament. Dix-huit pièces dans la première collection, dont six boules de verre. Chaque année, une nouvelle série, datée, disponible une seule saison. En 1998, 11 millions de foyers américains collectionnent du Hallmark Keepsake. Le club des collectionneurs compte 250 000 membres et 400 chapitres locaux. En 1996, le marché des ornements pèse 2,4 milliards de dollars, en croissance de 25% sur l’année précédente.
Clara Johnson Scroggins, bibliothécaire devenue autorité mondiale en matière d’ornements, réunit à elle seule l’une des plus grandes collections privées du monde. Son livre de référence sert encore aujourd’hui de base à beaucoup d’experts.
Les maisons qui comptent vraiment pour un collectionneur
Toutes les figurines de Noël ne se valent pas. Certaines marques fabriquent du décoratif grand public, d’autres créent des pièces de collection reconnues. Voici celles qui reviennent sans arrêt dans les cercles de collectionneurs.
Mark Roberts, le haut de gamme américain
Mark Roberts est un artiste américain qui a donné son nom à la marque. Ses figurines sont peintes à la main, numérotées, produites en séries limitées. Les thèmes tournent autour des fées, des elfes, du Père Noël et des anges. Les fées sont reconnaissables à leurs ailes délicates et leurs vêtements pailletés. Les elfes prennent des poses joyeuses. Certaines pièces dépassent le mètre de hauteur. La Wrapper Magic Pixie, par exemple, est une pièce recherchée des amateurs de détails minutieux. La marque produit aussi des boules en verre soufflé, comme la Jewel King disponible en rose ou en vert, qui entrent dans la catégorie des ornements d’héritage familial. Sur le site Les Trésors de Noël, la collection Mark Roberts est bien documentée.
Goodwill, l’artisanat belge depuis 1954
Goodwill est une marque belge fondée en 1954. Moins connue du grand public que ses concurrentes américaines, elle s’est imposée chez les collectionneurs européens grâce à son savoir-faire artisanal. Trois gammes emblématiques portent la marque.
La Candy Collection propose des ornements en forme de bonbons, de cannes et de douceurs sucrées. Le Candy Ballerine, par exemple, allie le thème du ballet et l’esthétique sucrée. La Nutcracker Collection reprend l’univers des casse-noisettes et des soldats de plomb, dans la tradition des contes d’Hoffmann. La série Ballet s’inspire directement des grands ballets de Noël, Casse-Noisette en tête, avec des ballerines en tutu.
Pour mieux comprendre l’histoire derrière ces figurines, découvrez l’histoire du casse-noisette de Noël.
Chaque pièce Goodwill est peinte à la main. La finition est soignée jusqu’au dernier détail. C’est ce qui justifie le prix et le statut d’objet de collection. Pour aller plus loin, la présentation complète de la marque Goodwill fait un bon point de départ.
Hallmark Keepsake, le géant américain
Hallmark reste la référence mondiale pour la collection dite « annuelle ». Le principe : une nouvelle série chaque année, datée au millésime, disponible une seule saison. Après, c’est le marché secondaire. Les premières pièces de 1973 se revendent facilement entre 50 et 300 dollars. Les collectionneurs structurent leurs collections par thème (Disney, Star Trek, Snoopy, Barbie) ou par année.
Christopher Radko, Department 56 et les autres
Christopher Radko a relancé le verre soufflé à l’européenne dans les années 1980 après avoir brisé par accident la collection familiale. Ses ornements, fabriqués en Pologne et en République tchèque, utilisent encore les moules d’avant-guerre. Department 56 s’est fait un nom avec ses villages miniatures éclairés (Dickens Village, Snow Village). Byers Choice produit des Carolers en résine depuis 1978 en Pennsylvanie, des petits chanteurs de Noël aux vêtements victoriens. Old World Christmas perpétue la tradition du verre soufflé de Lauscha avec des prix plus accessibles. Côté européen, Villeroy & Boch sort chaque année une série Christmas Toys. Swarovski propose des cristaux annuels qui ont leur propre marché.
Ce qui fait qu’une figurine prend de la valeur
Un collectionneur qui débute se demande souvent ce qui distingue une pièce décorative d’une pièce de collection. Il y a cinq critères qu’on retrouve à peu près partout.
Le premier, c’est l’édition limitée avec numérotation. Une figurine produite à 500 exemplaires et numérotée à la main (1/500, 2/500…) a par définition une rareté mesurable. Le second, c’est la signature de l’artiste. Mark Roberts signe ses pièces, Christopher Radko appose sa signature manuelle sur certaines éditions. Troisième critère : la date. Les Hallmark Keepsake portent leur millésime, et ça structure toute la collection. Quatrième point, le matériau. Verre soufflé à la main, porcelaine fine, résine peinte main, bronze, cristal Swarovski. Ce ne sont pas les mêmes prix et ce ne sont pas les mêmes durées de vie. Dernier critère : l’état. Une pièce intacte avec sa boîte d’origine, son certificat d’authenticité et son emballage d’atelier conserve 100% de sa valeur. Sans boîte, on perd facilement 30 à 40%.
Le marché secondaire est assez actif. Sur eBay, une Hallmark Keepsake « Here Comes Santa » de 1979 se négocie autour de 80 à 150 euros. Certaines Mark Roberts limitées dépassent les 500 euros. Les pièces Department 56 des années 80-90 peuvent grimper au-dessus de 300 euros pour les modèles retirés.
| Critère | Impact sur la valeur | Exemple concret |
|---|---|---|
| Édition limitée et numérotée | Très fort | Mark Roberts série 500 exemplaires |
| Signature de l’artiste | Fort | Christopher Radko édition signée |
| Millésime daté | Fort | Hallmark Keepsake 1973-2025 |
| Matériau | Moyen à fort | Verre soufflé main vs résine |
| Boîte d’origine et certificat | Moyen à fort | Perte de 30 à 40% sans boîte |
| État parfait | Obligatoire | Micro-éclat visible = valeur divisée par 2 |
Par où commencer quand on débute une collection
L’erreur du débutant, c’est de vouloir tout acheter la première année. Mieux vaut choisir un thème ou une marque et creuser.
Trois approches marchent bien. La première : se concentrer sur une seule marque. On prend Goodwill ou Mark Roberts et on monte une collection cohérente sur cinq à dix ans. Avantage : on apprend à reconnaître le style, les périodes, les séries. On finit par repérer les fausses à dix mètrès.
La seconde approche, c’est le thème. Les casse-noisettes en sont un exemple. On collectionne uniquement des figurines Nutcracker, toutes marques confondues, du modèle russe en bois tourné au Nutcracker en résine de Goodwill en passant par les pièces Hallmark. Même logique avec le Père Noël, les anges, les rennes, les ballerines, les lutins.
La troisième approche est la collection annuelle. On achète chaque année une pièce de la série datée (Hallmark Keepsake, Lenox, Villeroy & Boch Christmas Toys). Au bout de 20 ans, on à une collection qui raconte deux décennies. C’est ce que faisaient les grands-parents américains dans les années 80, et les pièces ressortent aujourd’hui des greniers pour des sommes coquettes.
Budget de démarrage : il faut compter entre 30 et 80 euros pour une première pièce de qualité chez Goodwill ou Hallmark. Du côté Mark Roberts, le ticket d’entrée est plutôt autour de 50 à 120 euros pour les modèles courants, et ça grimpe vite au-dessus de 300 euros pour les grandes pièces ou les séries signature.
Les thèmes qui ont vraiment la cote
Certains sujets reviennent sans arrêt et drainent une vraie demande sur le marché secondaire.
Les casse-noisettes dominent. L’influence du ballet de Tchaïkovski joue à fond. Les versions russes traditionnelles en bois tourné, hautes de 30 à 60 cm, se collectionnent depuis plus d’un sièclé. Les versions miniatures peintes main (série Goodwill Nutcracker) séduisent ceux qui veulent les accrocher au sapin.
Les Pères Noël, ensuite. Un Père Noël Mark Roberts, c’est un personnage de deux mètrès avec une barbe en vraie laine, tenant une liste, un sac ou un balai. Ça raconte quelque chose. Les Pères Noël en porcelaine Lenox sont plus classiques mais tiennent leur valeur.
Les ballerines et le thème Ballet tirent toute une famille de collectionneurs qui croisent passion pour la danse et pour Noël. La série Candy Ballerine de Goodwill, par exemple, fait partie des pièces que les initiés chassent chez les revendeurs.
Les anges. Les fées. Les elfes. Les lutins. Chaque marque a sa lecture. Mark Roberts fait des fées élégantes presque lolita. Christopher Radko préfère des angelots baroques. Byers Choice reste sur l’univers victorien.
Les villages miniatures. Department 56 a imposé le standard avec le Dickens Village et le Snow Village. Les collectionneurs y consacrent parfois une pièce entière de leur maison, avec un éclairage dédié. Une maison Dickens complète, illuminée, peut représenter plus de 50 pièces achetées sur 20 ans.
Matériaux : ce que vous devez savoir avant d’acheter
Le matériau dicte la qualité, le prix, la fragilité et la durée de vie.
Le verre soufflé à la main reste le Graal. Chaque pièce est unique parce que le soufflage humain ne peut pas produire deux pièces strictement identiques. Les ornements Christopher Radko, Old World Christmas et Goodwill haut de gamme utilisent cette technique. Durée de vie théorique : plusieurs sièclés si la pièce est bien conservée. Fragilité : élevée, un choc suffit.
La porcelaine fine concerne surtout les Pères Noël Lenox et certaines pièces Villeroy & Boch. La porcelaine supporte mal les chocs thermiques (pas de cheminée juste à côté). Elle se nettoie facilement à l’eau tiède.
La résine peinte main domine le marché de la figurine moyenne gamme. Mark Roberts l’utilise pour ses grandes figurines. Goodwill aussi. L’avantage : plus robuste que le verre, plus léger que la porcelaine. L’inconvénient : sensible aux UV, les pigments peuvent pâlir après des années en plein soleil.
Le bois tourné est la signature des casse-noisettes traditionnels russes et allemands. Tilleul ou pin, peint à la main, verni. La patine s’embellit avec le temps, contrairement à la résine.
Le cristal (Swarovski, Waterford) entre dans sa propre catégorie. Ce ne sont pas vraiment des figurines mais des ornements à facettes. Collection annuelle, valeur stable, parfois en hausse.
Conserver ses figurines sans les abîmer
Un collectionneur expérimenté rêve d’un truc : garder ses pièces dans l’état où elles sont sorties de l’atelier. Pour ça, quelques règles simples suffisent.
Le rangement hors saison se fait dans du papier de soie sans acide (pas du papier journal, l’encre tache). Chaque pièce dans sa boîte d’origine si possible. Sinon, dans des boîtes compartimentées rembourrées. Température ambiante stable, pas au grenier qui chauffe en été, pas à la cave qui est humide.
Pour la poussière, un pinceau à poils doux type blaireau à maquillage fait l’affaire. Pas de produit nettoyant, pas d’eau sur les pièces peintes. Pour le verre soufflé, une bombe à air comprimé (type nettoyage clavier) enlève la poussière sans contact.
L’ennemi principal, c’est l’humidité. Une figurine en résine peinte stockée 6 mois dans une cave humide peut se piquer de moisissures. Avant de ressortir la collection, vérifier chaque pièce à la lumière du jour.
Pour les pièces éclairées (Department 56, certains Mark Roberts), remplacer les ampoules par des LED froides. Les ampoules à incandescence chauffent et risquent de faire fondre les plastiques ou de jaunir les peintures.
Où acheter, et surtout à qui se méfier
Trois circuits principaux pour acheter. Les boutiques spécialisées d’abord, comme la section Collections Noël Premium des Trésors de Noël qui référence Mark Roberts et Goodwill. Les grands magasins type Galeries Lafayette ou Printemps sortent chaque année des vitrines Villeroy & Boch ou Swarovski. Les foires de Noël allemandes (Nuremberg, Dresde) restent des rendez-vous pour qui veut voir les pièces en vrai.
Le marché secondaire, ensuite. eBay reste la référence mondiale pour Hallmark Keepsake et Christopher Radko. Leboncoin en France, plus aléatoire. Les maisons de vente comme Drouot proposent parfois des collections entières après succession. Attention : les contrefaçons existent, surtout sur Mark Roberts. Une pièce qui sent le neuf mais coûte trois fois moins cher qu’en boutique, c’est suspect.
Dernier circuit, les communautés de collectionneurs. Clubs Hallmark Keepsake aux États-Unis (moins actifs en France), groupes Facebook thématiques, forums spécialisés. L’avantage des pairs, c’est que les pièces échangées sont généralement authentifiées.
Un truc que beaucoup oublient : garder les factures d’achat. Pour la revente, mais aussi pour les assurances habitation. Une collection qui dépasse 5000 euros doit être déclarée à l’assurance avec preuves. Sinon en cas de sinistre, c’est souvent refusé.
Questions fréquentes sur les figurines de Noël collectables
▸Comment reconnaître une vraie figurine Mark Roberts ?
▸Quel budget pour débuter une collection Goodwill ?
▸Les figurines Hallmark Keepsake prennent-elles vraiment de la valeur ?
▸Peut-on exposer ses figurines toute l’année ?
▸Comment assurer une collection qui a pris de la valeur ?
▸Les foires de Noël en Allemagne valent-elles le déplacement ?
Verdict après des années à collectionner
Après une bonne décennie à chasser des pièces Mark Roberts dans les boutiques parisiennes et à écumer les greniers familiaux pour des Hallmark Keepsake de 1978, une chose ressort. La valeur financière arrive loin derrière le plaisir de reconnaître une pièce au premier coup d’œil. On apprend à identifier une année, un moule, une signature. On finit par connaître par cœur les artistes derrière les marques.
Le point faible du collectionneur, c’est l’espace. Une collection qui passe les 200 pièces demande un vrai mobilier dédié, des vitrines fermées, idéalement une pièce consacrée. Ceux qui l’oublient finissent avec des cartons au grenier et la moitié de la collection qui ne sort plus jamais.
Commencer petit, rester cohérent, racheter les boîtes d’origine quand on peut (eBay en vend), et surtout ne pas céder à la FOMO devant chaque nouvelle série. Une collection bien choisie vaut mieux qu’une collection encombrée.




